Je n'ai pas grand chose à raconter concernant ma journée (rédaction de rapports ...) mais par contre il faut absolument que je vous parle de la soirée d'hier.
Penny voulait absolument que je rencontre deux de ses collègues, une serbe et une italienne de mon âge, donc elle a suggéré qu'on se retrouve en ville pour boire un verre. Bon l'italienne s'est avérée être en vacances en Italie et la serbe, sosie de John Lennon (ma journée Beatles me serait-elle montée à la tête ?), n'est pas plus sympathique que ça, bien qu'elle cause beaucoup.
Mais l'essentiel n'est pas là. Nous sommes allées dans un pub près de la cathédrale que Penny voulait essayer depuis longtemps. De l'extérieur déjà l'endroit a l'air un peu farfelu : vieille façade étroite avec carreaux multicolores aux fenêtres et enseignes tordues, dans la nuit on dirait une maison de sorcière de conte de fée. Mais alors l'intérieur ... Imaginez le décor habituel d'un pub anglais, boiseries sombres, coins et recoins, cheminées, bières, ambiance enfumée, (enfin ... depuis la nouvelle loi ce n'est plus tout à fait ça ...) et ajoutez-y un invraisemblable bric-à-brac accroché partout où c'est possible. Des milliards d'objets hétéroclites sont suspendus au plafond (vélos, masque à gaz, balais avec sorcière, disque, bobines de cinéma ... prenez le pire mamailleur-brocanteur que vous connaissez et vous aurez un aperçu du fouillis que ça représente)
Mais alors le plus drôle, c'est les clients. Tous des habitués, bien sûr.Y'en a un, ça fait 13 ans qu'il vient là, et il connait l'histoire du pub par coeur. Ils ont réussi à nous le dénicher dans un coin et du coup il nous a fait une visite guidée rien que pour nous. En fait c'est un des plus vieux pubs de liverpool (ouvert au milieu du XIXème) et la partie la plus ancienne est encore telle que le propriétaire de l'époque l'avait conçue (en forme de cabine de bateau). Du coup derrière chaque objet se cache une anecdote, une histoire. Il nous a montré pleins de petits détails qu'on aurait jamais remarqué par nous même (ex : les têtes caricaturées de clients sculptées dans les boiseries) On a même eu droit à une visite privée de la cave ! Imaginez la scène : un type aux allures de docker (tatouages et anneaux dans l'oreille) qui vous raconte avec son anglais impossible des histoires à n'en plus finir sur le pub qu'il fréquente depuis 13 ans, juste comme ça, pour le plaisir ... un peu surréaliste.
Enfin globalement ils sont tous un peu illuminés dans cet endroit. On s'est un peu attardées après la "visite" et on a fait connaissance de quelques pilliers de comptoirs. Y'en a un, un certain Steven, genre 50 ans, bonnet de marin et longs cheveux gris, quand je lui ai dit que je travaillais au Conservation Centre il est quasiment entré en extase. Il m'a parlé pendant une heure de ses voyages (imaginaires ?) en Egypte, en Grèce ... complètement illuminé le gars, finissant une phrase sur deux ("and Louxor ... Louxor .... wah ... Louxor .... you know ... those ... wah ... so much beauty in the world, Eleonore, so much beauty in the world"). Surréaliste je vous dis. Et tout ce petit monde pas énervé pour deux sous, c'est aux dires du serveur le pub le plus calme de la ville, ils y sont tellement attachés qu'ils évitent de faire du grabuge. Jamais de bagarres, jamais de gens ivres, jamais d'intervention de la police ...
A la fin on a même vu la nouvelle propriétaire, une vieille anglaise d'une autre époque. Le type qui raconte l'histoire du pub à tout le monde prétend que la sorcière accrochée au plafond, c'est elle, mais que personne la reconnait parce qu'on lui a enlevé ses pustules sur le nez. Quand elle est arrivée il a montré son nez et il a dit "vous voyez c'est bien fait, on voit même plus les cicatrices" et du coup elle lui a tapé sur le crane en disant "arrête de dire des bêtises aux clients, Arthur", comme si c'était un gosse. Complètement allumés, je vous jure.
J'y retournerai sans doute un de ces jours, parce que vraiment c'est trop drôle !
Ci-joint une image du pub datant de 1923. Rien n'a changé depuis !